Les plus beaux villages de Corse : lesquels valent le détour, et ce qu’on y voit
Deux communes corses seulement portent le label Les Plus Beaux Villages de France. Les neuf villages que je retiens, ce qu’on y regarde précisément, ce que ça coûte, et combien de personnes y vivent encore à l’année.
19 août 2026 11 min de lecture Anne Poggioli
Je laisse la voiture en bas de Sant’Antonino et je monte les derniers mètres à pied : là-haut, on ne roule pas, les ruelles ne le permettent pas. Deux communes corses portent le label Les Plus Beaux Villages de France, et deux seulement, Sant’Antonino et Piana. Des pages très bien classées écrivent que Piana est « classée au patrimoine mondial de l’UNESCO ». Le bien inscrit en 1983 s’appelle golfe de Porto et réunit la calanche de Piana, le golfe de Girolata et la réserve de Scandola. Le village n’est pas dedans.
Les neuf qui suivent, je les ai parcourus à pied, carnet en main : ce qu’on y regarde, ce que ça coûte, et combien de personnes y vivent à l’année. Les chiffres de population sont ceux de l’INSEE, millésime 2023.
1. Sant’Antonino, pour comprendre comment tient un village perché
Aucune voiture n’entre ici, et cette contrainte est ce qui a sauvé le dessin du village.
Sant’Antonino tient sur un piton de granit à 500 m d’altitude, entre L’Île-Rousse et Calvi. Cent cinquante et une maisons soudées les unes aux autres s’enroulent autour du rocher ; les passages voûtés qui les traversent servaient à circuler à couvert. Cent vingt-sept habitants en 2023, un chiffre stable depuis 2017, ce qui est rare en Balagne.
Regardez l’église de l’Annonciation, en bas, hors du village. Six objets y sont classés au titre des monuments historiques, dont l’orgue de tribune, classé en 1996, et son buffet, qui porte deux dates, 1744 et 1789.
Idéal pour : une première montée, avec des enfants ou des jambes moyennes.
Ce que ça coûte : le parking aménagé entre l’église et le village est payant en saison. Le village, lui, ne coûte rien.

2. Piana, pour la roche rouge, à condition de marcher
Piana compte 452 habitants ; ce que tout le monde vient voir commence à quelques kilomètres au nord, sur la D81.
L’église de l’Assomption occupe la place. À l’écart, l’hôtel Les Roches Rouges, des années 1920, dont le décor intérieur exécuté en 1928 par l’entreprise Manenti est protégé au titre des monuments historiques.
Partez plutôt à pied vers le Capu Rossu, jusqu’à la tour de Turghju, tour génoise du XVIe siècle plantée à 331 m au-dessus de la mer. Ça ne s’atteint pas en voiture. C’est une marche, sans ombre, et il faut de l’eau.
Idéal pour : ceux qui viennent pour la calanche et acceptent de ne pas la regarder par la vitre.
Ce que ça coûte : rien. Le vrai problème de Piana en été, c’est le stationnement le long de la D81, et il vaut mieux avoir lu ce que valent les temps de route sur les corniches avant de caler son après-midi.
3. Nonza, pour voir ce qu’une usine fait à une côte
Les galets gris de la plage, en bas, sortent d’une usine d’amiante.
Celle de Canari, quelques kilomètres au nord, a déversé ses rejets à la mer jusqu’à sa fermeture en 1965. Les courants les ont poussés vers le sud et accumulés au pied du village : la commune s’est agrandie de vingt-six hectares, et la Marina di Nonza, d’où partaient les barques vers l’Agriate, a été colmatée. Le BRGM décrit ces galets comme de la serpentinite à veinules de chrysotile.
Au-dessus, la tour paoline. Pascal Paoli l’a fait bâtir en 1760, en schiste gris-vert, à 167 m d’altitude, sur l’emplacement du château des Avogari détruit par Gênes en 1489. Elle est inscrite aux monuments historiques depuis le 5 juillet 1926.
Soixante-deux habitants en 2023. L’école primaire la plus proche est à 15 km, le collège à Bastia, 41 km par le col de Teghime.
Idéal pour : comprendre en une heure de marche une chose qu’aucun panneau ne raconte.
Ce que ça coûte : rien, tour comprise. L’escalier qui y monte est raide.

4. La Porta, pour le campanile le plus haut de l’intérieur
Le clocher de Saint-Jean-Baptiste se voit depuis l’autre versant de la vallée.
L’église et son campanile baroques ont été construits entre 1700 et 1725, au cœur de la Castagniccia, dans une commune qui était le chef-lieu de la piève d’Ampugnani. Au-dessus, la châtaigneraie, puis le San Petrone, 1 767 m.
Cent quatre-vingt-sept habitants en 2023. Ils étaient 740 en 1841. Le sommet démographique de ces communes est atteint avant 1900 et la chute est déjà engagée en 1911, un mouvement que je retrouve commune après commune dans les recensements.
Idéal pour : voir du baroque rural, à trois quarts d’heure de la mer et dans un tout autre climat.
Ce que ça coûte : rien. L’église n’est pas toujours ouverte ; la clé se demande en mairie, poliment, aux heures d’ouverture.

5. Sermano, pour des fresques du XVe siècle au bout d’un sentier
Je ne suis pas neutre ici : ma famille est de Sermano, et je préfère le dire avant de vanter la chapelle.
San Nicolao se trouve à environ 500 m en contrebas du village, sur le tracé du Mare a Mare Nord. On y descend depuis la mairie en un quart d’heure. L’édifice est roman, très sobre, classé monument historique par arrêté du 16 octobre 1992, et il abrite des fresques du XVe siècle. Ni guichet, ni horaire, ni éclairage : une frontale sert.
Soixante-douze habitants en 2023, contre soixante-trois en 2017. Ce chiffre-là circule écrit « +14 % ». Neuf personnes. Ce n’est pas la même chose, et la différence n’est pas un détail.
Idéal pour : quelqu’un qui marche une heure et veut une vraie récompense au bout.
Ce que ça coûte : rien du tout. Le gîte d’étape est à l’entrée du village, côté est.

6. Pigna, où l’on vient pour entendre plutôt que pour photographier
Pigna contredit ce que je répète depuis vingt ans, et il faut la regarder en face.
Je soutiens qu’un village restauré n’est pas un village sauvé, parce qu’une façade refaite ne ramène personne. À Pigna, un projet culturel a fait bouger la courbe : 128 habitants en 2023 contre 95 en 2017, soit trente-trois personnes de plus. Sur un village de cette taille, c’est énorme. Je ne connais pas d’autre cas aussi net dans l’île.
A Vaccaghja, ancien enclos à bovins, est devenue un auditorium de plein air de 220 places, inscrit aux monuments historiques par arrêté du 7 mars 1990. L’auditorium couvert, bâti en terre crue entre 1998 et 2000, en compte 110 et tourne toute l’année sous la programmation du Centre culturel Voce.
Idéal pour : caler une soirée plutôt qu’un arrêt de quinze minutes.
Ce que ça coûte : le parking est payant et se remplit tôt. Les concerts ont un billet ; les rues et les ateliers, non.
7. Erbalunga, pour un bord de mer qui n’est pas une station
Erbalunga est une marine, à 8 km au nord de Bastia, et le seul village de la liste qu’on atteint sans voiture.
Le hameau appartient à la commune de Brando, 1 584 habitants en 2023. La tour génoise, reconstruite à la fin du XVIe siècle et à moitié écroulée, tient sur un éperon à l’entrée du port. L’église Saint-Érasme est du XVIIe ; Sant’Erasmu, patron des pêcheurs, est fêté le 2 juin.
La date à retenir, c’est le Vendredi saint. La cerca et la granitula, deux rites processionnels, relient les églises de la commune sur plus de douze kilomètres, à la nuit. Les gens y viennent prier ; un visiteur s’y tient au bord.
Idéal pour : une fin de journée depuis Bastia, à pied depuis l’arrêt de car.
Ce que ça coûte : rien. Se garer sur place en août relève de la chance.
8. Sainte-Lucie-de-Tallano, pour un village de l’intérieur au sud
L’Alta Rocca, je la connais en visiteuse et pas autrement : ce n’est pas mon terrain de relevé.
Trois cent soixante-trois habitants en 2023, en baisse de 14,39 % depuis 2017, la chute la plus forte des neuf. On est à 19 km de Sartène et 21 km de Propriano, au-dessus de la vallée du Rizzanese.
Quatre bâtiments à voir, tous à pied. L’ancienne église Saint-Jean, du XIIe siècle, classée. La maison forte dite maison Giacomoni, classée elle aussi. Le couvent Saint-François, fondé au XVe siècle. Et le moulin à huile U Fragnonu, devenu écomusée de l’oléiculture. En chemin, place de l’Olmu, le socle du monument est taillé dans une diorite orbiculaire, roche à figures concentriques que le corse appelle petra ucchjata, la pierre à yeux.
Idéal pour : un séjour basé à Propriano ou à Porto-Vecchio qui veut sortir du littoral.
Ce que ça coûte : le village est gratuit ; le moulin a des horaires, à vérifier auprès de l’office de tourisme de l’Alta Rocca avant de faire la route.
9. Cargèse, pour deux églises qui se regardent depuis 1874
Une paroisse grecque et une paroisse latine se font face, à une trentaine de mètres l’une de l’autre.
L’histoire commence en janvier 1676, quand six cents Grecs de Vitylo, dans le Magne, quittent le Péloponnèse et s’installent d’abord à Paomia. Cargèse leur est attribuée en 1775 par le gouverneur Marbeuf. L’église grecque Saint-Spyridon, bâtie de 1868 à 1874, garde son iconostase ; sa façade et son décor sont classés depuis le 30 mars 1990. En face, l’Assomption, latine, date de 1822-1828, et son clocher est classé depuis le 13 février 1989.
Avec 1 150 habitants, Cargèse est plutôt un bourg qu’un village, et sa population a reculé de 13,21 % depuis 2017.
Idéal pour : une halte sur la route d’Ajaccio à Porto, sans détour à faire.
Ce que ça coûte : rien. Les deux églises s’ouvrent largement en saison ; hors saison, appelez avant.
Les neuf villages en un tableau
| Village | Microrégion | Habitants 2023 | Depuis 2017 | Label PBVF | Ce qu’on va voir | Coût |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Sant’Antonino | Balagne | 127 | stable | oui | orgue de 1744, passages voûtés | parking payant |
| Piana | Deux-Sevi | 452 | −6,22 % | oui | tour de Turghju, décor de 1928 | gratuit |
| Nonza | Cap Corse | 62 | −16,22 % | non | tour de 1760, plage de rejets | gratuit |
| La Porta | Castagniccia | 187 | −3,11 % | non | campanile de 1700-1725 | gratuit |
| Sermano | Boziu | 72 | +9 habitants | non | fresques du XVe siècle | gratuit |
| Pigna | Balagne | 128 | +33 habitants | non | auditorium, enclos de 1990 | concerts payants |
| Erbalunga | Cap Corse | 1 584 (Brando) | −2,82 % | non | tour génoise, cerca du Vendredi saint | gratuit |
| Sainte-Lucie-de-Tallano | Alta Rocca | 363 | −14,39 % | non | église du XIIe, moulin à huile | gratuit |
| Cargèse | Deux-Sevi | 1 150 | −13,21 % | non | église grecque de 1874 | gratuit |
Populations municipales millésimées 2023, publiées par l’INSEE et en vigueur depuis le 1er janvier 2026.
Comment j’ai choisi ces neuf villages
Je suis partie d’une quarantaine de communes du Centre Corse et de la Castagniccia que je relève depuis 2009 pour l’association qui m’emploie, et d’une douzaine d’autres que je connais en visiteuse. Quatre critères ont servi à trancher :
- un objet qu’on peut aller regarder de près : un orgue, un linteau, une fresque, une tour. Un panorama seul ne suffit pas, parce qu’un panorama se consomme en quatre minutes ;
- une visite qui se fait à pied, depuis un stationnement possible, sans réservation ;
- un village habité à l’année, avec du courrier distribué et des enfants qui prennent le car ;
- une information vérifiable : un arrêté de classement, une date de construction, un chiffre de population avec son millésime.
Hors du Boziu et de la Castagniccia, je n’ai pas mené de relevé standardisé : je m’appuie sur mes visites et sur des sources publiées, arrêtés de protection et données INSEE, que je nomme dans le texte. Aucune commune, aucun office de tourisme, aucun hébergeur ne m’a rémunérée ni invitée, et cette page ne porte pas un seul lien commercial.
Les questions qu’on me pose sur les villages corses
Combien de villages corses ont le label Les Plus Beaux Villages de France ?
Deux : Sant’Antonino en Haute-Corse et Piana en Corse-du-Sud. L’association classe les communes de moins de 2 000 habitants qui présentent au moins deux sites ou monuments protégés. Nonza, Pigna, Erbalunga et les autres n’ont pas ce label, ce qui ne dit rien de ce qu’on y voit : sept des neuf villages ci-dessus n’y figurent pas.
Quel village visiter en Corse du Sud ?
Piana pour la roche et la marche du Capu Rossu, Sainte-Lucie-de-Tallano pour l’intérieur, Cargèse pour les deux églises. Les trois se font dans la même semaine si vous êtes basé du côté d’Ajaccio ou de Propriano, mais pas dans la même journée.
Faut-il visiter les villages en août ?
Non, si vous pouvez l’éviter. Les rues sont pleines et vous y croiserez surtout d’autres visiteurs. Mai, juin, septembre et octobre donnent des villages habités par leurs habitants, mais tout ne reste pas ouvert : regardez ce point de près quand vous décidez à quel moment partir.
Un village de soixante habitants, ce n’est pas un village mort ?
Non, et la distinction compte. Un village vidé a perdu des habitants et en garde ; un village mort n’en a plus. Nonza en compte soixante-deux, avec une boîte aux lettres relevée, une fête patronale le 22 mai et des maisons ouvertes l’hiver. Dire d’un tel endroit qu’il est abandonné devant quelqu’un qui y habite, c’est le rayer d’un trait.
Ce que je retiens
Si vous n’en visitez qu’un, montez à Sant’Antonino : c’est là qu’on comprend le mieux comment ces maisons tiennent ensemble. Si vous cherchez autre chose qu’un décor, descendez à San Nicolao depuis Sermano, un quart d’heure de sentier pour des fresques du XVe siècle en accès libre. Règle simple : un village qui se laisse traverser en voiture ne vous montrera rien. Ce classement bougera le jour où l’un de ces neuf rouvrira une école, et je surveille Pigna.
Avant de bâtir un itinéraire là-dessus, regardez ce que coûtent les kilomètres dans la préparation d’un séjour : sur ces routes, quatre-vingts kilomètres font deux heures.
Écrit par
documentaliste de patrimoine, à Corte
Je transcris des registres et j'arpente les villages du Centre Corse depuis 2004. J'ai relevé plus de 1 200 linteaux gravés dans une quarantaine de communes. Je compte les volets fermés en février, jamais en août.